Arm nage dans un océan d’incertitudes qui pourraient remettre en question son modèle économique

Spread the love
  • Yum

Arm nage dans un océan d'incertitudes qui pourraient remettre en question son modèle économique

Lorsque Nvidia a annoncé son intention d’acheter Arm dans le cadre d’un accord de 40 milliards de dollars, une fenêtre longue de 18 mois s’est ouverte, au cours de laquelle Arm devrait passer de SoftBank à Nvidia.

Même pour une transaction aussi importante, cette période reste très longue, juge Alan Priestley, vice-président et analyste à Gartner. « Ils s’attendent évidemment à des défis. Ce qui explique qu’ils prévoient de prendre ce temps, beaucoup de choses peuvent arriver dans l’industrie des semi-conducteurs en 18 mois », explique-t-il à ZDNet. « Beaucoup de choses peuvent se passer dans ce monde en 18 mois, le marché pourrait donc être radicalement différent à la fin de la période annoncée. »

Il y a un peu moins de 18 mois, les Etats-Unis ont commencé à intensifier leur guerre commerciale avec la Chine en inscrivant Huawei sur leur liste noire d’entités, ce qui a eu un impact direct sur Arm, l’obligeant à suspendre ses travaux avec le géant chinois.

publicité

Feu vert de Pékin

Mais cette fois-ci, la situation est différente, car l’accord Nvidia-Arm doit être approuvé par Pékin. Pékin qui accusait, par la voix d’un porte-parole officiel, l’administration Trump de gérer l’affaire TikTok avec un comportement de gangster. « La sécurité nationale est devenue l’arme de choix de Washington lorsqu’il s’agit de freiner la montée en puissance des entreprises étrangères qui surpassent leurs homologues américaines », écrit le China Daily.

« La Chine n’a aucune raison de donner le feu vert à un tel accord, qui est sale et injuste, et qui repose sur l’intimidation et l’extorsion. Si les Etats-Unis obtiennent ce qu’ils veulent, ils continueront à faire de même avec d’autres entreprises étrangères. Céder aux exigences déraisonnables des Etats-Unis signifierait la perte de l’entreprise chinoise ByteDance », poursuit le quotidien.

La Chine est déjà intervenue dans des rachats, Qualcomm ayant mis notamment fin, en 2018, à son acquisition de NXP pour 47 milliards de dollars en l’absence du feu vert de Pékin.

Souci de concurrence

Tout de suite après l’annonce de l’acquisition d’Arm, le PDG de Nvidia, Jensen Huang, indiquait qu’il attendait l’approbation de Pékin à la suite d’un engagement fructueux avec les autorités chinoises sur le rachat de Mellanox pour 7 milliards de dollars, mais aussi parce qu’Arm continue d’être basé au Royaume-Uni. « En ce qui concerne la Chine, l’important est de réaliser que la question de l’appropriation de la propriété intellectuelle par la société n’est pas pertinente. L’origine de la propriété intellectuelle est le facteur pertinent dans le contrôle des exportations. La propriété intellectuelle d’Arm a été créée, développée et développée pendant trois décennies à Cambridge », avance Jensen Huang. « L’origine de la technologie ne changera pas. Et par conséquent, le fait qu’Arm appartienne maintenant à une société américaine plutôt qu’à une société japonaise, cela ne change en rien le contrôle des exportations. »

Mais pour Alan Priestley, l’affaire Mellanox est très différente, dans le sens où Mellanox ne vend pas des modèles à d’autres, puis est mis en concurrence avec ses mêmes clients lorsqu’il s’agit de fabriquer des puces. « Le risque avec Arm, à l’avenir, est qu’il fonctionne parce que je peux me procurer sa propriété intellectuelle, et je sais qu’il ne me fera pas concurrence. Certains des autres clients d’Arm pourraient me faire concurrence, mais mon fournisseur ne me fera pas concurrence parce qu’il ne vend pas de puces », soutient-il.

« Nous passons maintenant à un scénario où il est possible que si je m’approvisionne en propriété intellectuelle auprès d’une entreprise qui me fera concurrence pour un produit – la vente de puces – cela va évidemment inquiéter un certain nombre d’entreprises qui pourraient également soulever des questions antitrust ou anticoncurrentielles en termes de conclusion de l’accord. »

Enjeu autour de la propriété intellectuelle

Le tableau, déjà complexe, inclut par ailleurs Arm China, dont Arm avait tenté de faire virer le PDG, Allen Wu, pour avoir dirigé une autre entreprise qui a investi dans des clients de Chinese Arm à côté. Arm China a également publié une lettre publique signée par 176 de ses employés implorant Pékin de la protéger contre la société mère britannique. Ajoutez à cela qu’une société américaine cherche maintenant à remplacer une société japonaise comme propriétaire d’Arm, et les présages ne sont pas bons.

« Je pense que Pékin tiendra le coup », souligne Alan Priestley. « Il faudrait des accords assez solides de Nvidia pour le contourner, et même dans ce cas ce serait difficile parce que la Chine forme une part importante du business d’Arm, et qu’ils utilisent sa propriété intellectuelle. Il est devenu de plus en plus important de savoir à quoi sert la propriété intellectuelle, en particulier avec le désir de la Chine d’encourager son industrie locale des semi-conducteurs et de rompre les liens avec les entreprises américaines. »

Même si l’accord est conclu, Alan Priestley voit toujours des obstacles en Chine, car les opérateurs du pays comme Huawei, qui a investi massivement dans des puces basées sur Arm, pourraient commencer à regarder ailleurs, voire avoir déjà entamé le processus. « Tant que nous n’avons pas de certitude absolue, l’entreprise Arm est potentiellement en danger parce que certains pourraient décider de se pencher plus sérieusement sur l’option RISC-V que par le passé, en raison de l’incertitude », détaille Alan Priestley.

« Le modèle économique de Arm est en danger… il risque de perdre certains clients pendant cette période d’incertitude. »

Pari sur l’avenir

Le PDG de Nvidia, Jensen Huang, avait indiqué à la presse que l’un des domaines dans lesquels la société était enthousiaste était la combinaison du silicium d’Arm et des GPU Nvidia pour les centre de données. Mais pour l’analyste du cabinet Gartner, cela n’explique pas l’accord de 40 milliards de dollars, puisque Nvidia pourrait acheter une licence d’architecture Arm aujourd’hui sans avoir besoin de reprendre toute la société. « Si Nvidia voulait investir – et je suis presque certain que cela se fera avant la conclusion de l’accord, et même si l’accord n’est pas conclu, cela se fera probablement – Nvidia peut fabriquer un CPU qui s’assoira à côté de ses GPU pour aller dans le centre de données et rien ne l’empêche de le faire, à part l’investissement dans les frais de licence », ajoute-t-il.

Si ce scénario pourrait bien fonctionner, notamment parce que Nvidia est capable de contrôler la pile logicielle et l’écosystème DGX, il pourrait ne pas fonctionner aussi bien dans le monde entier. « Le défi se présente si Nvidia décide d’essayer de promouvoir son processeur Arm comme un processeur polyvalent et de le vendre comme processeur à d’autres vendeurs de la même manière qu’Intel vend ses processeurs ou AMD vend les leurs », justifie Alan Priestley.

« C’est là qu’on se heurte aux problèmes auxquels Arm a toujours été confronté. Il peut faire fonctionner le système d’exploitation, supporter certaines des applications principales, mais ce sont tous les autres éléments, qui se trouvent entre l’application principale et le système d’exploitation que les organisations informatiques utilisent pour faire fonctionner et gérer leurs activités, qui doivent également être supportés. Et c’est là que nous avons toujours échoué dans le passé. »

Faire des pronostics sur l’état du monde au début de l’année 2022, compte tenu de ce que 2020 nous a réservé, semble être un exercice presque impossible. Pourtant, pour ceux qui travaillent dans le monde des puces, où les plans sont établis des années à l’avance, c’est une habitude. Qui sera le président des Etats-Unis ? La guerre commerciale avec la Chine va-t-elle s’intensifier ou diminuer ? Que se passera-t-il si Nvidia ne parvient pas à conclure l’accord ; que fera alors SoftBank, qui est criblée de dettes ? Qui pourrait être le prochain acheteur si ce n’est pas Nvidia ? La Chine approuvera-t-elle ou non ?

C’est le genre de questions qui vont entourer Arm pendant les 18 prochains mois et, à ce stade, toute issue est à envisager. L’avenir est toujours incertain, mais il ne l’a jamais autant été que maintenant pour la société de conception de puces de Cambridge.

Source : ZDNet.com

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *