L’antibiorésistance représente un problème croissant de santé publique dans le monde. Des chercheurs ont même trouvé des gènes de résistance aux antibiotiques dans l’océan Arctique, une région où les antibiotiques sont pourtant rares…

La résistance aux antibiotiques gagne du terrain. Certaines bactéries, les « superbugs » ou superbactéries, sont multirésistantes, au point qu’elles menacent de nous faire revenir à l’ère pré-antibiotique. Plus nous consommons des antibiotiques, plus nos bactéries risquent de développer des résistances. Mais existe-t-il d’autres raisons qui expliquent l’expansion des résistances dans le monde ?

Dans une nouvelle étude parue dans la revue Environment International, des chercheurs révèlent qu’ils ont trouvé des gènes d’antibiorésistance dans un endroit particulièrement reculé de la planète : le Svalbard, un archipel situé dans l’océan Arctique, entre la Norvège et le pôle Nord, où agriculture et industries sont absentes. David Graham, professeur à l’université de Newcastle, un des auteurs de cette recherche, commente ses résultats sur le site The Conversation.

Les scientifiques ont cherché de l’ADN bactérien dans 40 échantillons de sols provenant de huit emplacements, situés le long du Kongsfjorden, une entrée marine à l’ouest du Spitzberg. Cet endroit qui se trouve à 300 km du pôle Nord, à proximité d’un fjord qui ne gèle pas, présente une faune riche.

Les chercheurs ont trouvé 131 gènes de résistance aux antibiotiques, dont certains permettraient à des bactéries de résister à des antibiotiques utilisés en médecine humaine et vétérinaire. Certains gènes, qui pouvaient donner des résistances à plusieurs antibiotiques, étaient probablement importés d’autres régions. D’après David Graham, « ces gènes “étrangers” ont été trouvés dans les concentrations les plus élevées près des sources d’eau douce – des zones où la faune a tendance à se rassembler. »

Les gènes de résistance voyagent à travers le monde

Par exemple, les chercheurs ont trouvé un gène appelé blaNDM-1 (New Delhi Metallo-β-lactamase), qui confère une résistance aux carbapénèmes. Ce gène avait été détecté pour la première fois chez un patient suédois qui avait fait un séjour en Inde, en 2007. Ensuite, il avait été trouvé dans des eaux de surface urbaines, en Inde, en 2010. En 2013, les chercheurs l’avaient identifié dans des sols situés près d’un petit lac de l’Arctique. Maintenant, il existe différents variants de ce gène dans des dizaines de pays. On peut se demander comment il a parcouru de telles distances…

Dans des régions très peuplées, avec de mauvaises conditions de salubrité, où l’assainissement est inexistant, l’eau et l’alimentation peuvent être contaminées par des matières fécales. Des humains et des animaux risquent alors d’ingérer des gènes de résistance.


L’amélioration de l’assainissement et de la qualité de l’eau dans le monde doit faire partie de la lutte contre la résistance aux antibiotiques

Les déplacements des humains et des animaux sauvages, comme des oiseaux, permettent à ces gènes de résistance de voyager et d’atteindre des zones où les antibiotiques sont pourtant absents. C’est pourquoi, pour David Graham, « l’amélioration de l’assainissement et de la qualité de l’eau dans le monde entier doit faire partie de la lutte contre la résistance aux antibiotiques. »

Malgré l’existence de ce phénomène de transport des gènes, il ne faut pas perdre de vue que l’utilisation excessive des antibiotiques favorise les résistances. En France, la consommation d’antibiotiques en médecine de ville n’a pas baissé, elle a même augmenté en dix ans, d’après la Documentation française.

Ce qu’il faut retenir

  • Des scientifiques britanniques ont recherché des gènes de résistance aux antibiotiques au Svalbard, à 300 km du pôle Nord.
  • Ils ont trouvé une centaine de gènes, dont un, responsable de multirésistances.
  • Les gènes de résistance voyagent à travers les continents à cause des migrations humaines et animales.
  • L’amélioration de la qualité des eaux dans le monde doit faire partie de la stratégie de lutte contre l’antibiorésistance.
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