Après le meurtre de deux manifestants à Kenosha, l’Amérique paralysée face à la violence d’extrême droite – Le Monde

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Manifestation contre les violences policières à Kenosha, dans le Wisconsin, le 26 août.

Il a fallu attendre la mi-journée, mercredi 26 août, pour que la nouvelle soit annoncée à Kenosha (Wisconsin) : Kyle Rittenhouse, militant américain d’extrême droite, avait enfin été arrêté par la police à son domicile et poursuivi pour meurtres.

Agé de 17 ans, il est accusé d’avoir tué deux manifestants et gravement blessé une autre, la veille au soir. La fusillade est intervenue peu avant minuit, lors des émeutes qui ravagent la petite ville, située à une heure de route au nord de Chicago, depuis que Jacob Blake, un Afro-Américain, s’est fait tirer dans le dos à sept reprises par un policier blanc, le 23 août. La bataille opposait autour d’une station-service les manifestants, qui bravaient le couvre-feu, et les contre-manifestants, armés et organisés en quasi-milice, qui entendaient « protéger » la ville des destructions.

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La scène, filmée et postée sur les réseaux sociaux, est édifiante. Poursuivi, Kyle Rittenhouse tombe à terre avec son fusil d’assaut et n’hésite pas à tirer directement à plusieurs reprises sur ses opposants, atteignant l’un à la tête, le second à la poitrine tandis qu’un troisième a eu le bras déchiqueté. Fusil-mitrailleur à la main, Rittenhouse quitte ensuite la scène, marchant dans la rue vers des véhicules de police qui arrivent sur les lieux du drame, levant les mains en l’air, et disparaissant sans être inquiété.

L’incroyable raté de la police de Kenosha a suscité de vives critiques, d’autant que des manifestants criaient aux forces de l’ordre qu’il s’agissait du tireur. Le jeune homme avait fui chez lui, à 40 kilomètres, dans l’Etat voisin de l’Illinois, où il espérait échapper aux poursuites.

Policiers repliés dans le commissariat

Kyle Rittenhouse posait en uniforme et armé sur les réseaux sociaux depuis le début de son adolescence et y affichait le slogan « Blue Lives Matter », défendant la vie des policiers face à ceux des Noirs. Il avait aussi posté une courte vidéo pro-Trump, ce qui a conduit l’équipe de campagne du président à déclarer que le jeune homme n’avait « rien à voir » avec lui.

Incarcéré, Kyle Rittenhouse devrait assister vendredi à une audience d’extradition vers le Wisconsin. « Il est dans un centre pour adolescents. Il a tué des adultes, il devrait être dans une prison », s’indigne Clyde McLemore, un des leaders du mouvement Black Live Matters à Kenosha.

On aurait pu penser que la tuerie allait déclencher une déflagration dans la ville. Pas vraiment. Toute la journée de mercredi, la bourgade, située au bord du lac Michigan semble écrasée par la torpeur, avec nulle âme qui vive, toutes les vitrines barricadées avec deux écriteaux : un soutien (« Black Lives Matters ») suivi d’une supplique pour éviter les destructions au commerce : « C’est une entreprise familiale. » Aucun policier n’est visible dans la journée, tous étant repliés dans le commissariat et le palais de justice. Deux vacanciers font du scooter des mers, à l’entrée d’une marina désertée, tandis qu’il faut rouler plusieurs kilomètres pour trouver un restaurant. La patronne est ravie de voir affluer la clientèle, 100 % blanche, venue du centre-ville, juste avant le couvre-feu avancé à 19 heures.

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