Apple se retrouve une énième fois aujourd’hui face à son ex-partenaire, dans un contentieux de près de 15 milliards de dollars. C’est en effet un procès hors normes qui s’ouvre aujourd’hui à San Diego -terre natale du fondeur, inversant quelque peu la donne.Pour celui-ci, ce n’est pas Qualcomm, mais Cupertino qui est sous le coup de plusieurs accusations. Il lui est reproché notamment d’avoir partagé les secrets industriels du fondeur avec Intel et de ne pas avoir respecté ses engagements contractuels. Elle est également poursuivie pour ne pas avoir payer les redevances et d’avoir empêcher ses sous-traitants -Foxconn, Compal ou Pegatron- de le faire (pour un montant de 7,5 milliards de dollars).

A travers les différents épisodes judiciaires, c’est aussi un choc des patrons. En effet, Tim Cook et Steven Mollenkopf. Tous deux sont attendus tous deux pour témoigner, s’affrontent depuis des mois par déclarations interposées. Il semble même que l’affrontement se soit presque déplacé sur un plan philosophique. Un article paru samedi dans le Wall Street Journal affirme que les deux CEO n’auraient aucun terrain d’entente possible et la bataille en serait même devenue personnelle.

L’enjeu financier et commercial est énorme. Créé en 1985, le fondeur est un leader de son segment, le fournisseur presque incontournable des fabricants de smartphones. Propriétaire de brevets qualifiés d’essentiels selon la FTC, il aurait dû en conséquence les rendre accessibles à ses concurrents de manière juste, raisonnable et non discriminatoire.

Et c’est ce point qui lui est reproché, son modèle économique reposant justement sur le principe de l’exclusivité. Pour avoir accès à ses puces, les fabricants de smartphones et tablettes sont tenus d’accepter certaines conditions contractuelles et tarifaires : reverser 5 % du prix de ventes de leurs appareils dans une limite de 20 dollars. Ce montant est considéré comme déraisonnable par de nombreux acteurs.

Dans ce contexte, Apple a suspendu toute relation avec Qualcomm, évoquant des pratiques monopolistiques. Ce faisant, elle se serait rendue, elle-même, coupable de violation de brevets. Selon Qualcomm, Cupertino aurait conçu un montage sur plusieurs années pour dérober des informations, les transmettre à Intel (remplaçant de Qualcomm sur le contrat des iPhone) et ne pas en payer le prix.

La conséquence inéluctable est que la perspective d’une transaction -même si elle serait souhaitable- reste plus que jamais improbable. Au delà, certains ont profité de l’occasion pour se placer sur les smartphones 5G, comme Samsung et Huawei. En effet, Apple -en perdant Qualcomm- a pris énormément de retard par rapport au lancement d’un iPhone compatible, qui ne pourrait -apparemment- n’intervenir qu’en 2020 ou 2021.

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