Hasard de calendrier? Alors que l’Iran de l’Ayatollah Ali Khamenei célébrait en grandes pompes ce lundi le 40e anniversaire de sa révolution islamique, l’Amérique de Donald Trump organise ce mercredi à Varsovie une conférence sur le Moyen-Orient dont l’intitulé pompeux, «Réunion ministérielle pour la promotion de la paix et de la stabilité au Moyen-Orient» cache mal sa réelle ambition: refroidir les ardeurs hégémoniques du régime des mollahs.

L’ennemi de mon ennemi est mon ami

Finies les mesures unilatérales (retrait de l’accord sur le nucléaire, reprise des sanctions), le locataire de la Maison-Blanche réunit à Varsovie tous ceux qui au Moyen-Orient ou ailleurs se sentent directement menacés par la nucléarisation iranienne, par son programme balistique ou par sa puissance déstabilisatrice et son soutien au terrorisme mondial.

Et si Varsovie a été choisie pour accueillir ce sommet c’est non seulement que la Pologne est aujourd’hui la plus proche alliée des États-Unis en Europe, mais aussi car ses prises de becs répétitives avec Bruxelles ne déplaisent pas à Washington et que la diplomatie américaine cherche à tout prix à convaincre l’Union européenne (UE) de se joindre aux sanctions plutôt que de chercher à les contourner.

Niveau de participation en deçà des attentes US

Une mission qui devrait s’avérer difficile pour le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo puisque la
France et l’Allemagne n’ont dépêché à Varsovie qu’une représentation modeste et que Federica Mogherini, la haute représentante de l’UE a poliment décliné l’invitation arguant d’un agenda surchargé. La Russie, elle, ne sera pas de la partie, pas plus que l’Iran qui n’a pas été conviée.

Néanmoins le multilatéralisme façon Donald Trump aura quand même réussi a réunir du beau monde ce mercredi. Outre le quatuor Pompeo-Pence-Kushner-Greenblatt, pas moins de 35 ministres des Affaires étrangères sont attendus, dont plusieurs en provenance du Golfe et d’autres pays sunnites.

Netanyahou, invité d’honneur?

Il a été l’un des premiers dirigeants à répondre à l’invitation, Benyamin Netanyahou sera, à Varsovie, en terrain conquis. Dans la capitale polonaise, jadis théâtre macabre de la solution finale, il ne devrait pas se priver de mettre en garde contre ceux qui depuis Téhéran ou Ispahan, appellent sans sourciller à l’extermination de l’Etat juif.

En marge du sommet, le Premier ministre israélien doit s’entretenir successivement avec le vice-président américain Mike Pence et le Secrétaire d’Etat Mike Pompeo.

A moins de deux mois d’un scrutin crucial pour son avenir politique, les poignées de mains et les photos de famille avec des dirigeants arabes peuvent servir sa campagne.

Ce sera aussi l’occasion pour la délégation israélienne de dévoiler au grand jour cet axe israélo-sunnite contre l’Iran qui œuvre en catimini depuis tant d’années.

Et si Netanyahou veut prouver à ses détracteurs qu’Israéliens et Arabes peuvent s’asseoir autour d’une même table pour discuter d’un autre dossier que le conflit israélo-palestinien, ce dernier ne devrait toutefois pas être occulté.

Jared Kushner, le gendre et conseiller spécial de Donald Trump pour le processus de paix, pourrait en effet révéler à Varsovie des contours plus précis du fameux «deal du siècle».

Une excellente opportunité pour la Maison-Blanche d’éprouver in situ la réaction du bloc sunnite. Netanyahou, lui, peut dormir sur ses deux oreilles dans l’avion qui le ramènera à Tel Aviv jeudi soir, car les concessions israéliennes ne seront pas discutées.

Cyril Amar, envoyé spécial à Varsovie, est journaliste et rédacteur en chef pour la chaîne française i24NEWS