Vendredi, une marée humaine a envahi pacifiquement les rues d’Alger et des grandes villes d’Algérie en demandant, pour le troisième vendredi consécutif, au président Abdelaziz Bouteflika de renoncer à briguer un cinquième mandat.

Le pouvoir algérien est-il sujet à des tiraillements internes ? La question se pose au lendemain des manifestations monstres qui ont secoué le pays, vendredi 8 mars. Une marée humaine a envahi pacifiquement les rues d’Alger et de plusieurs grandes villes d’Algérie en demandant, pour le troisième vendredi consécutif, au président Abdelaziz Bouteflika, 82 ans, de renoncer à un cinquième mandat, après vingt ans de pouvoir. Petit à petit, le camp du chef de l’Etat algérien, hospitalisé à Genève depuis le 24 février pour des “examens médicaux”, commence à se fissurer.

Les associations d’anciens combattants se désolidarisent du pouvoir

Les défections sont notables. Vétéran de la guerre d’Algérie, le président algérien a perdu cette semaine le soutien des trois principales associations d’anciens combattants de la guerre d’indépendance. Jeudi 7 mars, un communiqué non signé de l’Organisation nationale des Enfants de Chouhada (combattants de la guerre d’indépendance tués au combat), annonce ainsi le soutien de ses membres “au mouvement populaire contre le cinquième mandat”, donc, en clair, aux manifestants.

Cette dissidence arrive au lendemain de la défection de la puissante Organisation nationale des Moudjahidines (ONM, qui regroupe les anciens combattants de la guerre d’indépendance), autre traditionnel soutien d’Abdelaziz Bouteflika. L’ONM a apporté un appui inattendu à la contestation en dénonçant, dans un communiqué, des institutions qui ne sont “pas à la hauteur des aspirations du peuple”. 

Mercredi 6 mars, enfin, l’association des anciens du MALG (service de renseignement de l’Armée nationale de Libération durant la guerre d’indépendance) a également retiré son soutien à la candidature du président de la République algérienne. Dans un communiqué signé de son président, l’ex-ministre de l’intérieur Dahou Ould Kablia, le MALG se félicite de l‘”élan irrésistible” et de la “volonté exprimée” par les manifestants et dénonce les “manœuvres” pour “perpétuer un système qui a atteint des limites et risque de mener le pays aux plus graves périls”.

Le chef d’état-major de l’armée “abandonne son ton belliqueux”

Autre signe interprété plutôt positivement par la contestation, les déclarations du chef d’état-major de l’armée algérienne, le général Ahmed Gaïd Salah. L’armée et les forces de sécurité, a-t-il déclaré mercredi 6 mars, sont “résolument engagées à garantir” la sécurité de l’élection présidentielle, afin de permettre aux Algériens de voter “dans un climat de sérénité, de quiétude et de stabilité”. Celui qui est aussi vice-ministre de la Défense a souligné la “solidité” des “liens nobles et sincères” de l’armée avec le peuple. A aucun moment le général n’a évoqué la candidature du président, dont il est pourtant un fidèle.

Une partie de la presse algérienne s’est félicitée de ce discours, qui ne se réfère pas explicitement aux manifestations mais ne contient pas non plus de menace claire contre les manifestants. Le général Gaïd Salah “semble abandonner le ton belliqueux dont il usait jusque-là pour parler de la situation politique en Algérie”, a noté le quotidien francophone El Watan. Son homologue Liberté évoque, lui, “un discours d’apaisement”.

Des patrons semblent quitter le navire

Enfin, les milieux d’affaires eux-mêmes se divisent. “Les premières fissures, écrit Le Figaro, ont commencé à apparaître dans les milieux d’affaires, au Forum des chefs d’entreprise (FCE), ce puissant syndicat patronal dirigé par Ali Haddad”, réputé proche du clan Bouteflika.

“Plusieurs démissions de figures importantes de l’organisation ont été suivies d’un communiqué signé par onze chefs d’entreprise (mais pas Ali Haddad) expliquant que le FCE originel ne peut rester sourd à l’expression populaire à laquelle il adhère complètement”, poursuit le journal français.