Affaire Olivier Duhamel : les atermoiements du directeur de Sciences Po – Le Monde

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Le directeur de Sciences Po, Frédéric Mion, à Paris, le 28 mai 2013.

Depuis quand Frédéric Mion, le directeur de Sciences Po, était-il alerté des faits d’inceste dont le patron de la Fondation nationale des sciences politiques, Olivier Duhamel, s’est rendu coupable ? « Je n’ai à aucun moment contribué à l’édification du silence », écrit M. Mion à ses élèves, le 7 janvier. Il n’a, en tout cas, à aucun moment tenté d’établir la vérité sur les agissements révélés dans un livre (La Familia grande, Seuil) publié par la belle-fille du constitutionnaliste, Camille Kouchner, et dont il était averti depuis près de trois ans.

Lire l’enquête : Olivier Duhamel, l’inceste et les enfants du silence

Au cours des premiers mois de 2018 – et non « fin 2019 », comme le dit Frédéric Mion –, Aurélie Filippetti entend parler d’une sale affaire : Olivier Duhamel aurait abusé de son beau-fils. L’ancienne ministre socialiste de la culture décide d’en avoir le cœur net et, le 19 février 2018, convie à déjeuner l’un des piliers de Sciences Po, Janine Mossuz-Lavau, directrice de recherche émérite au Centre de recherches politiques de Sciences Po.

Cette politologue et sociologue reconnue est l’une des plus proches amies d’Olivier Duhamel et de son épouse, Evelyne Pisier. Depuis 1982, elle accompagnait son mari, Georges Lavau – le directeur de thèse d’Evelyne Pisier – dans la maison de vacances varoise de Sanary, où se retrouvaient les amis du couple. Elle a été mise au courant des faits d’inceste par la sœur d’Evelyne, l’actrice Marie-France Pisier – indignée – avant la mort de cette dernière, en 2011. Depuis, elle a toujours excusé Olivier Duhamel.

Au cours de ce déjeuner, Janine Mossuz-Lavau confirme tous les soupçons de l’ancienne ministre de la culture. « Aurélie Filippetti menait son enquête et me demande de lui fournir les éléments qui lui manquaient. Je lui dis tout ce que je sais », témoigne-t-elle au Monde. A l’issue de cette rencontre, Aurélie Filippetti contacte donc solennellement le directeur de Sciences Po, où elle enseigne depuis quelques mois, pour l’inviter à déjeuner.

Ce dernier écoute son récit et lui lâche : « Ah, je comprends pourquoi, lors de l’enterrement d’Evelyne au cimetière de Sanary, Olivier Duhamel se tenait seul si loin des enfants Kouchner ! » Le directeur de Sciences Po s’était en effet rendu aux obsèques d’Evelyne Pisier à Sanary, le 14 février 2017, pendant lesquelles régnait une ambiance glaciale, raconte Camille Kouchner dans son livre. « C’était comme si nous étions radioactifs », dit-elle.

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Devant Aurélie Filippetti, M. Mion semble découvrir l’affaire et se dit effondré. Il connaît parfaitement Janine Mossuz-Lavau : « On s’aime bien », confirme cette dernière. Il ne cherche pourtant pas à la contacter ni à lui faire répéter les faits évoqués. Durant les deux années qui suivent, alors qu’ils se croisent souvent, jamais il n’évoque « l’affaire Olivier Duhamel ». « Si Frédéric Mion m’avait appelée, je n’aurais pas menti, nous assure Mme Mossuz-Lavau. Je lui aurais même confirmé, mais je peux vous dire qu’il ne l’a pas fait. »

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