Affaire Olivier Duhamel : le rapport qui a poussé Frédéric Mion à démissionner de Sciences Po – Le Monde

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C’est après avoir lu le rapport des inspecteurs de la mission dépêchée par la ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal, que Frédéric Mion a pris la décision de démissionner, mardi 9 février. Ces 45 pages, nourries des témoignages de 68 personnes appartenant à Sciences Po, sont en effet accablantes pour le directeur de l’école. Il apparaît que M. Mion a non seulement menti aux enseignants, aux étudiants de Sciences Po et à la presse, à propos de sa connaissance de l’affaire Duhamel, mais aussi à l’inspection elle-même. L’inspection souligne ainsi la volonté de M. Mion « de ne pas divulguer l’intégralité des informations dont il dispose et des décisions qu’il a prises ».

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Pendant deux semaines, les trois inspecteurs et la chargée de mission de l’inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGSER) ont enquêté. Ils ont reconstitué la chronologie des faits, la précision des informations dont disposait le directeur de Sciences Po sur les accusations d’inceste pesant sur Olivier Duhamel, alors président de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP) ; mesuré la pertinence de ses réactions d’alors. Ils ont cherché, aussi, qui savait quoi au sein de l’école.

A deux reprises, Frédéric Mion leur a assuré ne pas avoir évoqué au sein de Sciences Po les accusations d’inceste pesant sur Olivier Duhamel, après que l’ancienne ministre de la culture Aurélie Filipetti, lui en eut fait état en février 2018. Et surtout pas avec Marc Guillaume, pilier de la FNSP, parce que, a-t-il précisé, « il ne souhaitait pas exposer » celui qui était alors secrétaire général du gouvernement et proche, comme M. Mion lui-même, du premier ministre de l’époque, Edouard Philippe. Las pour Frédéric Mion, M. Guillaume a démenti lui-même cette version devant l’inspection. C’est bien le directeur de Sciences Po qui l’a informé, dès le début 2018, de ce qu’il a pris alors, assure M. Guillaume, pour des « rumeurs ».

Réécrire l’histoire a posteriori

Les inspecteurs ont aussi découvert que MM. Mion et Guillaume, n’étaient pas les seuls au courant des accusations pesant sur Olivier Duhamel. Un des dix membres du comex (comité exécutif de Sciences Po) a reconnu avoir été informé, dès octobre 2018, par Janine Mossuz-Lavau, professeure émérite à Sciences Po et amie depuis 1968 d’Olivier Duhamel. C’est aussi elle qui avait prévenu Aurélie Filipetti, quelques mois plus tôt.

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Or, souligne l’inspection, lorsque M. Mion a découvert, le 6 janvier 2021, que ce membre du comex « savait » lui aussi, il lui a demandé de garder cette information « pour ne pas porter préjudice à la notoriété de Sciences Po ». C’est le deuxième témoignage en ce sens. Mme Filippetti a fait état d’une requête semblable du directeur de Sciences Po : « Il ne faudrait pas que l’on puisse penser que nous savions », lui avait-il dit, le 4 janvier, peu après la mise en ligne de l’article du Monde révélant les accusations d’inceste portées par Camille Kouchner. La mission n’écarte pas, d’ailleurs, « l’hypothèse selon laquelle la qualification de “rumeur” est apparue, non pas en 2018, mais à l’annonce de la démission de M. Duhamel, le 3 janvier et à la suite de la découverte que d’autres personnes étaient au courant ». En somme, que Frédéric Mion ait voulu a posteriori réécrire l’histoire.

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