Affaire Navalny : à Iekaterinbourg, « manifester est une question de principe et de dignité » – Le Monde

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Publié aujourd’hui à 21h08, mis à jour à 21h45

Peut-être est-ce le thermomètre, clément, qui donne aux manifestants cette assurance étonnante. Ou le soulagement de se compter si nombreux, après les intimidations incessantes des jours précédents. Lorsque la police lance un premier ultimatum, après seulement quelques minutes de rassemblement, dimanche 31 janvier, ce ne sont que des haussements d’épaule qui accueillent l’avertissement : « Citoyens, votre rassemblement est illégal, dispersez-vous immédiatement. »

Dans la foule, Alexandre, 63 ans, policier à la retraite, s’attarde un peu en passant devant ses anciens collègues. « Je ne pensais pas devoir enfreindre un jour la loi, souffle-t-il, mais le problème est qu’il n’est plus possible de faire entendre sa voix légalement dans ce pays. Les élections sont truquées, les manifestations interdites, les opposants empoisonnés… »

Manifestation contre l’incarcération du leader de l’opposition Alexeï Navalny, sur la rivière Iset à Iekaterinbourg, la capitale de l’Oural, le 31 janvier 2021.

Pour la deuxième semaine d’affilée, Alexandre et sa femme, elle aussi ancienne fonctionnaire, sont venus de leur village voisin pour défiler longuement dans les rues de Iekaterinbourg, la capitale de l’Oural. Si dans l’ensemble de la Russie, la participation semble avoir baissé (le comptage est rendu difficile par le caractère chaotique des rassemblements). Iekaterinbourg fait partie des exceptions. Les médias locaux ont ainsi estimé l’affluence supérieure à celle de samedi 23 janvier, quand quelque 7 000 personnes, selon les évaluations les plus raisonnables, s’étaient réunies par un froid de – 30 degrés.

Lire l’analyse : Le Kremlin, prisonnier d’Alexeï Navalny

Dans chaque ville, l’équation est subtile, entre brutalités policières et aléas climatiques. A Iekaterinbourg, au-delà des vingt degrés gagnés en une semaine, la police s’est montrée beaucoup plus mesurée que dans d’autres villes, comme Moscou, Saint-Pétersbourg, Kazan ou Vladivostok. A la fin de la journée, on comptera ici 42 arrestations, mais sans images de charges policières ou de foule obligée de fuir sur la glace de l’étang municipal, comme la semaine précédente. Dans tout le pays, le chiffre dépasse les 4 000 interpellations, un nouveau record.

Dmitri Galkine, 33 ans, participe à la manifestation contre l’incarcération d’Alexeï Navalny, à Iekaterinbourg (Russie), le 31 janvier 2021: « Je suis fatigué de l’injustice », affirme le jeune homme. A droite : Maria, 23 ans, designer, a fait elle aussi le déplacement : « Je n’aime pas ce qu’il se passe dans ce pays, je veux que cela change. »

Au-delà de ces variations passagères, la mobilisation des régions russes se confirme, dans la foulée du retour au pays d’Alexeï Navalny et de son arrestation, cinq mois après son empoisonnement. Les chiffres restent limités : Iekaterinbourg compte ainsi 1,4 million d’habitants. Mais des villes deux fois moins peuplées, comme Perm ou Irkoutsk, font aussi bien. Dès le 23 janvier, quelque 130 villes s’étaient mobilisées, parfois pour la première fois. Pour la province russe volontiers considérée comme apathique, c’est rare. Et nombre des manifestants sont des nouveaux venus en politique, pas toujours jeunes.

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