Affaire Jubillar: une couette au centre des débats – BFMTV

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Les avocats de Cédric Jubillar, mari et principal suspect dans l’affaire de la disparition de son épouse Delphine dans la nuit du 15 au 16 décembre derniers, déposent ce mercredi après-midi une nouvelle demande de remise en liberté de leur client. Ils reprochent notamment à l’enquête des retards dans l’examen d’une couette saisie dans la machine à laver du couple.

Delphine Jubillar, Aussaguel de son nom de jeune fille, une infirmière de 33 ans, a disparu dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020 du domicile du couple – en instance de divorce – qu’elle formait avec son mari Cédric. Huit mois, donc, et depuis lors ni corps, ni arme, ni aveux. Et au milieu de tout ça, une couette qui empêche de nombreux acteurs du dossier de dormir.

C’est peu, trop peu aux yeux des trois avocats de Cédric Jubillar pour justifier le maintien en détention provisoire de leur client, principal suspect et mis en examen pour homicide volontaire sur conjoint, en prison depuis le 18 juin dernier. Ceux-ci ont donc décidé de déposer une nouvelle demande de remise en liberté ce mercredi après-midi.

Une analyse entreprise “fin juillet”

“Nouvelle”, car il s’agit de la seconde après celle déposée le 6 juillet, et rejetée le 8 par la chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Toulouse, à nouveau appelée à se prononcer. Ce sont les “lenteurs de la justice”, d’après la formulation employée ce mercredi matin sur notre antenne par Emmanuelle Franck, l’un des conseils de Cédric Jubillar, qui motivent cette démarche. Les avocats de la défense reprochent notamment à l’enquête d’avoir déjà trop tardé dans l’examen d’une couette, retrouvée par les gendarmes dans la machine à laver du ménage.

“Nous avons malheureusement constaté que certains éléments dont on pensait qu’ils étaient dans le dossier ou en cours de traitement, ne l’ont été que fin juillet. Je prends pour exemple l’analyse de la fameuse couette, présentée comme l’un des éléments à charge et clé de voûte de l’accusation”, a ainsi déploré maître Emmanuelle Franck sur notre antenne ce mercredi matin, en prélude à l’audience de cet après-midi.

“Cet élément n’a été envoyé à l’analyse que huit mois après sa saisie, c’est-à-dire fin juillet”, a-t-elle martelé.

“Nous venons d’apprendre que les expertises relatives à la couette avaient été ordonnées courant juillet, alors que c’est un élément saisi depuis le mois de décembre. Cette lenteur ne peut permettre de faire durer cette détention”, s’était déjà agacé plus tôt, maître Alexandre Martin, lui aussi avocat de Cédric Jubillar, toujours auprès de BFMTV.

Linge sale

Cette couette est pourtant vite apparue comme un élément crucial du dossier, en bonne place parmi les charges pesant sur Cédric Jubillar. Dès le 18 juin, au moment de mettre en examen Cédric Jubillar, le procureur de la République de Toulouse, Dominique Alzeari, a ainsi déclaré durant sa conférence de presse qu’une machine tournait lorsque les gendarmes se sont présentés le 16 décembre à 4h50 du matin dans la maison des Jubillar, à Cagnac-les-Mines, dans le Tarn, sitôt reçu le signalement de la disparition de le jeune femme. Dans le tambour: la couette dans laquelle la mère de famille avait coutume de dormir.

“Il explique que les chiens ont peut-être sali l’édredon donc ils étaient en train de le laver. À 4h50, ce n’est pas forcément la première chose à laquelle on pense quand votre femme disparaît”, lance alors le magistrat.

Près de lui, le colonel Philippe Coué, commandant de la section de recherche de Toulouse, complète ensuite: “Quand les gendarmes arrivent au domicile à 4h50, monsieur Jubillar est en train de mettre (sic) une machine à laver. Dans le tambour, il y a en fait la couette qui est sur le canapé du salon. Canapé sur lequel dort habituellement son épouse avec laquelle il est en voie de séparation. Ce qui est – comme le disait le procureur de la République – assez étonnant dans le contexte”.

“Quand les gendarmes interviennent à 4h50, ils interviennent avec les informations très parcellaires qu’ils ont obtenues et n’ont pas, à ce moment-là, de soupçon à l’encontre de Cédric Jubillar donc c’est dans un second temps qu’on va intervenir concernant cette machine à laver”, justifie l’officier, qui note:

“La couette a entre temps été retirée. Et on fera des analyses en particulier sur le siphon de la machine à laver.”

Une lessive… mais un programme qui interroge

Mais la temporalité de ce nettoyage à sec de la discorde est plus embrouillée qu’il y semblait de prime abord. Lors de l’audience conduite en juillet, la Cour d’appel de Toulouse a en effet établi, comme l’a souligné à l’époque La Dépêche du Midi, qu’aucune lessive n’était en cours à l’arrivée des agents et que la couette n’avait été découverte, lavée, dans le tambour que le 17 juillet. Soit “34 heures” plus tard comme l’a précisé Le Parisien dans le long article qu’il a consacré aux faits ce mardi. On trouvait encore quatre chaussettes dépareillées dans le tambour, détaille le journal.

Sans évoquer la question de la literie, maître Laurent Nakache-Haarfi, avocat de la sœur et des frères de Delphine Jubillar, a toutefois pris position ce mercredi en duplex sur notre chaîne:

“On ne comprendrait pas pourquoi il serait remis en liberté en l’état actuel du dossier. Depuis que la chambre de l’instruction de la cour d’appel a statué en juillet, aucun élément nouveau n’est apparu auprès des juges d’instruction ou des différentes parties. On comprendrait mal comment la chambre d’instruction qui a considéré qu’il existait des indices graves et concordants à l’encontre de Cédric Jubillar pourrait se déjuger deux mois après sans aucun nouvel élément”.

Les juges d’instruction auront dix jours pour fournir une réponse écrite à la demande de remise en liberté émise par les avocats de Cédric Jubillar au nom de leur client à compter du moment où elle aura été formulée.

Robin Verner

Robin Verner Journaliste BFMTV

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