Affaire Duhamel : «Comment faisait-il pour vivre avec ça sur la conscience ?» s’interroge son ex-ami Patrick Rotman – Le Parisien

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Dans son livre « la Familia grande » (Seuil), la juriste Camille Kouchner dévoile un secret de famille. Elle raconte comment son beau-père, le célèbre constitutionnaliste Olivier Duhamel, aurait abusé de son frère jumeau « Victor » (le prénom a été modifié), alors adolescent, à la fin des années 1980. Si le grand public apprendra tout de cette sordide affaire d’inceste au sein d’une grande famille d’intellectuels de gauche, l’autrice assure que ce secret ne l’était pas pour les nombreux amis du couple composé d’Olivier Duhamel et de sa mère, l’universitaire Evelyne Pisier, décédée en 2017. Une petite bande qui avait l’habitude de se retrouver tous les étés dans la propriété familiale du professeur de droit à Sanary-sur-Mer (Var).

Le philosophe Luc Ferry, ancien compagnon de route d’ Olivier Duhamel, explique qu’il n’était au courant de rien. « J’apprends cette histoire avec sidération », nous indique-t-il par SMS, précisant qu’il ne fréquentait plus la famille depuis très longtemps. Elisabeth Guigou, qui a elle aussi fréquenté un temps la maison de Sanary, affirme qu’elle ignorait également ce lourd secret. « Elle a découvert cette histoire terrifiante dans la presse, développe son entourage. Ses premières pensées vont aux trois enfants d’Evelyne Pisier. Elle a d’ailleurs transmis un message à Camille Kouchner pour lui faire part de son soutien. » L’ancienne ministre (PS) de la Justice a été nommée le mois dernier présidente d’une commission sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants.

La mère avait alors pris le parti de son nouveau mari

« Ce n’est pas une surprise, admet en revanche la politologue Janine Mossuz-Lavau. La question que je me posais n’était pas de savoir si ça sortirait mais quand. J’avais appris l’an dernier que Camille écrivait un roman sur tout ça. » Comme la plupart des proches du couple, la directrice de recherche émérite au CNRS indique avoir eu connaissance des faits vers 2008-2009, lorsque Camille Kouchner et son frère jumeau ont tout raconté à leur mère. Mais Janine Mossuz Lavau se refuse à évoquer le fond de l’affaire. « C’est une situation très compliquée, explique-t-elle. J’étais très amie avec Evelyne Pisier. Et quand vous entretenez des liens amicaux et affectifs avec quelqu’un, vous ne jugez pas de la même manière que lorsque vous observez depuis l’extérieur. »

Dans son livre, Camille Kouchner, dont le père n’est autre que l’ancien ministre Bernard Kouchner, raconte comment sa mère avait alors pris le parti de son nouveau mari. Lui aussi proche de la famille, l’avocat Jean Veil nous a indiqué qu’il ne souhaitait rien dire sur cette affaire.

Autrefois ami d’Olivier Duhamel, le documentariste et historien Patrick Rotman ne cache pas son immense désarroi. « J’ai fréquenté pendant plusieurs étés la maison de Sanary, jusqu’en 1996, date de mon dernier séjour. Il y avait toujours un monde fou, c’était très sympa, se souvient-il. Mais, comme les dizaines de personnes, connues ou inconnues, qui fréquentaient les lieux à l’époque, je n’étais absolument pas au courant de tels faits qui, si j’ai bien compris, se produisaient à Paris. »

«J’étais révolté et surtout dans l’incompréhension absolue»

Ce n’est qu’un soir de 2010 qu’il apprend les accusations portées contre Olivier Duhamel, de la bouche de Marie-France Pisier, l’actrice et sœur d’Evelyne, retrouvée morte (NDLR : la piste du suicide a été retenue) en 2011. « Comme tout le monde, j’ai été totalement terrifié, stupéfié, souffle-t-il. J’étais révolté et surtout dans l’incompréhension absolue. Olivier était quelqu’un d’absolument charmant, exubérant, sympa et drôle. Je n’ai pas douté de la réalité des faits mais cela relevait pour moi de l’invraisemblable. »

Quand Marie-France Pisier lui révèle ce drame intime, elle lui explique aussi que « Victor » ne souhaite pas du tout que l’affaire soit ébruitée. « Ce n’était pas à moi ou n’importe qui d’autre de prendre la décision de parler. C’est à la victime qu’il appartient de rendre la chose publique ou non, avance Patrick Rotman. C’est aujourd’hui qu’ils ont pris cette décision, pas avant. » Quant à Olivier Duhamel, il ne le voit plus depuis 25 ans. Ce qui ne l’empêchait pas de se poser moult questions. « Comment faisait-il pour vivre avec ça sur la conscience ? » interroge le documentariste.

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