L’émotion a finalement été la plus forte ce vendredi, dans le cabinet du juge d’instruction. Confronté à sa belle-famille, Jonathann Daval est revenu à sa version livrée le 31 janvier : il est bien le meurtrier d’Alexia. Le 29 novembre, pourtant, Jonathann Daval avait déjà été mis en difficulté dans ce même bureau, le magistrat l’ayant longuement interrogé sur sa version du « complot familial ».

Des vérifications techniques récentes ont en effet mis en exergue des contradictions flagrantes dans son récit. Aucune trace par exemple sur les images de vidéosurveillance de la ville de Gray du véhicule de Jean-Pierre Fouillot, censé avoir ramené le corps de sa fille au domicile du couple, entre quatre et cinq heures du matin le samedi 28 octobre 2017. En revanche, comme l’atteste un coup de fil qu’il a passé depuis sa prison trois semaines avant d’accuser sa belle-famille, en juin dernier, Jonathann avait demandé à sa mère de repérer l’emplacement des caméras de surveillance de la ville… et de se renseigner sur l’emploi du temps des Fouillot ce matin-là.

LIRE AUSSI >La face cachée de Jonathann Daval

Il avait également peiné à justifier le rôle supposé de sa belle-sœur Stéphanie Gay, qu’il accusait notamment de s’être elle-même envoyé un SMS depuis le portable d’Alexia pour mettre en scène sa disparition. Ce message, reçu à 9h13, annonçant qu’elle part faire un jogging, Stéphanie y répond dans les minutes qui suivent, en deux fois. Jonathann soutenait qu’elle avait les deux téléphones en main, faisant les questions et les réponses devant lui. Récit invalidé par le bornage téléphonique : ce matin-là, Stéphanie n’a pas bougé de chez ses parents… A contrario, les portables de Jonathann et celui d’Alexia ont activé les mêmes bornes et se sont déplacés ensemble.

L’autopsie contredit sa version sur l’heure de la mort

Le récit du drame posait également problème. Selon Jonathann, son beau-frère Grégory Gay avait étranglé Alexia en tentant de la calmer après une « crise d’hystérie », en plein repas de famille. Il disait n’avoir entendu, depuis une pièce voisine, que quelques cris et insultes, et aucun appel à l’aide : incompatible avec les données de l’autopsie, qui plaident pour un déferlement de violences.

Autre difficulté de taille : l’heure de la mort. Jonathann la situait juste après le dessert. L’analyse du « bol alimentaire » montre en fait qu’un laps de temps s’est écoulé avant le décès, la digestion étant entamée. Enfin, des traces récentes de somnifères avaient été retrouvées dans son sang. Il est à la fois improbable qu’Alexia ait pris ces cachets avant d’aller dîner chez ses parents, et bien plus cohérent qu’elle les ait avalés chez eux en se couchant, lui avait alors fait remarquer le juge, lui suggérant une nouvelle fois de revenir à ses aveux initiaux. En vain.