Affaire Alexia Daval : comment Jonathann Daval s’est enfermé dans le mensonge – Le Journal du dimanche

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“Happy va bien […] Si tu veux qu’on te pardonne, il faut qu’on comprenne. Tu t’enfermes dans le déni.” Ces mots sont ceux d’Isabelle Fouillot, la mère d’Alexia Daval retrouvée morte dans le bois d’Esmoulins (Haute-Saône), le 30 octobre 2017. Elle les prononce dans le bureau d’un juge, lors d’un face-à-face avec son gendre, Jonathann Daval, près d’un an plus tard, le 7 décembre 2018. Ces quelques mots, accompagnés d’une photo sur laquelle Alexia pose au côté de Happy, le chat du couple, viennent fendre la carapace du mensonge dans lequel l’informaticien de 36 ans s’est enfermé depuis de longs mois.

Trois versions en six mois

Dès le lendemain de la disparition de sa femme, le trentenaire s’enlise dans un récit factice. Pendant trois mois, il est ce veuf éploré. Ce n’est que le 30 janvier 2018 qu’il admet, en garde à vue, avoir tué son épouse. A l’époque, il dit l’avoir étouffée accidentellement. Six mois plus tard, Daval livre une troisième version, inattendue. Il accuse sa belle-famille de machination et son beau-frère Grégory Gay d’avoir étranglé la victime. La famille d’Alexia est sidérée. Puis ce 7 décembre, face à celle qu’il appelle “maman”, il finit par craquer. De mémoire de pénaliste, la scène qui suit est inédite : la mère de la victime et le mis en examen s’enlacent, en pleurs.

L’opinion publique se sent trahie

Lors du procès, qui s’ouvre lundi devant la cour d’assises de Haute-Saône à Vesoul, la personnalité de Jonathann Daval sera au cœur de l’audience. Les avocats, de la défense comme des parties civiles, le savent déjà, le mensonge va hanter les débats. Car si Daval avait avoué dès le jour du drame – ce qu’il assure avoir tenté de faire chez sa mère puis au bar des Fouillot –, l’affaire n’aurait pas eu le même retentissement médiatique. “L’opinion publique se sent trahie”, résume Me Gilles-Jean Portejoie, le conseil d’une quinzaine de proches de la victime dont les parents. La question de la morale pourrait bien venir se mêler à celle de la justice. Me Ornella Spatafora en a longuement parlé jeudi avec son client lors d’une visite à la maison d’arrêt de Dijon où Daval est détenu.

Le mensonge, un “mécanisme d’autodéfense”

“Au cours de l’instruction, personne n’a expliqué l’engrenage du mensonge, regrette son confrère Me Randall Schwerdorffer. La procédure s’est cristallisée sur le meurtre, puis sur la crémation du corps. Jonathann Daval a vraiment envie de s’expliquer, il est prêt à le faire.” D’où l’importance pour son client de s’exprimer sans masque de protection contre le Covid, lui dont les larmes lors de la marche blanche qui avait suivi la découverte du corps ont marqué les esprits. La question sera tranchée lundi à l’ouverture des débats.

Sa personnalité a tout de même été analysée par un psychologue et deux psychiatres. Mais seule la dernière expertise a été réalisée après les aveux complets. Jonathann Daval s’inscrit “dans un espace entre le dit et le non-dit, où il lui est possible de constater le décès de son épouse sans le dire, de déplacer le corps et de revenir à une forme de normalité”, écrit l’un des deux psychiatres dans son rapport.

Pour Me Schwerdorffer, qui a lu et relu les travaux du psychiatre Daniel Zagury, le scénario construit par Daval juste après son crime relève d’un “mécanisme d’autodéfense”. L’informaticien sans passé judiciaire se serait accroché à son récit pour éviter “l’effondrement”. Si Jonathann Daval passe à l’acte, c’est dans un accès “de rage narcissique” déclenché “par la phrase qui tue”, assure-t-il en s’appuyant sur les écrits de Zagury. Le couple, marié depuis deux ans et lié depuis plus de dix, est en crise. S’entremêlent désir d’enfant, infertilité et difficulté d’érection. Lors de la reconstitution du 17 juin 2019, le mis en examen raconte que le soir du drame la jeune femme lui reproche de “ne pas être un homme” et menace de s’enfermer “dans la chambre avec ses sex-toys”.

Encore plusieurs zones d’ombre

Lors du cambriolage de leur maison de crépi rose, à Gray, seuls seront dérobés les jouets sexuels, l’alliance d’Alexia Daval et un album de photos de mariage. Le ou les auteurs du vol ne touchent ni aux bijoux de valeur, ni aux grands crus, pas plus à la télévision. Quelqu’un a-t-il cherché à préserver la mémoire de la victime? L’énigme demeure, le parquet de Vesoul ayant classé l’affaire sans suite.

A l’audience, les proches d’Alexia Daval entendent raconter l’employée de banque de 29 ans, souriante et lumineuse, quand la défense la décrit en des termes moins élogieux. “Mais l’enjeu du procès est aussi d’éclairer toutes les zones d’ombre”, indique Me Portejoie. Sa consœur Me Caty Richard précise : “Nous comptons aborder la question de l’empoisonnement d’Alexia par Jonathann Daval.” Des traces de médicaments, dont une molécule retirée de la vente, avaient en effet été découvertes dans le sang d’Alexia sans que personne ne puisse en expliquer la provenance. Pendant l’instruction, la demande de nouvelles expertises sur ce point a été rejetée. Les parties civiles n’y voient qu’un énième mensonge de Jonathann Daval.

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