A Perpignan, le congrès du RN s’interroge sur la défaite tandis que des manifestants protestent contre l’extrême droite – Le Monde

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Discours de Jordan Bardella, le 3 juillet 2021 à Perpignan.

Le numéro deux du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, a voulu porter samedi 3 juillet les militants, réunis en congrès à Perpignan et encore sonnés par la défaite aux régionales, vers la présidentielle, « la mère de toutes les batailles ».

« L’abstention, c’est le refuge de la désespérance » mais « rien n’est perdu et il y a encore un chemin », a assuré le jeune responsable du RN, très applaudi, qui pourrait assurer l’intérim à la tête du parti pendant la campagne présidentielle de Marine Le Pen. La chef du RN prononcera son discours dimanche à 15 heures.

« Nous n’avons pas le droit de douter », a ajouté M. Bardella, alors que l’échec électoral a généré des critiques en interne et à la périphérie du parti sur son fonctionnement, son implantation locale, ou sa « normalisation ». Il a fustigé à cet égard les « planqués », les « déserteurs » qui « tirent dans le dos des combattants de première ligne ».

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Sur un ton plus amer, l’ancien ministre sarkozyste Thierry Mariani, candidat en PACA, région où le RN fondait tous ses espoirs de victoire, a attaqué un « système coalisé » qui veut « bloquer » le RN. Il a aussi défendu la « stratégie d’ouverture » du parti, dont il n’a pas la carte.

Les dirigeants du RN accusent d’abord l’abstention, massive, qui a notamment touché les jeunes et les classes populaires, catégories dans lesquelles le RN réalise ses meilleurs scores. A une autre table ronde sur la « démocratie face au défi de l’abstention », le maire de Moissac, Romain Lopez, a souligné que la victoire « passe par une implantation locale », revenant sur son expérience de candidat qui n’a pas affiché l’étiquette du RN.

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Il a invité à cet égard les militants à « faire leur propre communication, qui reflète le territoire » parce que « tout idéologiser ou tout mettre sous l’angle des partis (…) ce n’est pas la bonne recette ». Mais pas question de remettre en cause la stratégie de normalisation du parti lors d’un congrès sans motions ni courants comme dans d’autres formations.

L’hôte du congrès, le maire RN de la ville, Louis Aliot, a accueilli Marine Le Pen samedi matin à l’hôtel de ville. Lui pousse à davantage encore de normalisation et fait valoir sa conquête de Perpignan, obtenue l’an dernier « en ouvrant les bras à d’autres, sur un projet ».

Le RN s’est-il trop « banalisé », au risque de ne plus intéresser les électeurs ? « Un faux débat », estime Louis Aliot. Quand l’ancien président Jean-Marie Le Pen accuse la « délepénisation » du parti, duquel il a été exclu en 2015, sa fille Marine Le Pen répond qu’elle ne « recherche ni plus ni moins de radicalité » et veut « agir sans violence et sans faiblesse ».

Le discours de Marine Le Pen attendu dimanche

Remise des flammes d'or aux militants méritants par Marine Le Pen.

Dans son discours, Marine Le Pen devrait néanmoins réunir ses militants autour de thèmes fondamentaux de son parti, comme l’immigration, afin de les remobiliser vers la présidentielle.

Quant à « l’ouverture » à des candidats extérieurs au parti, critiquée par des fédérations, M. Lopez a défendu la nécessité de « cadres locaux enracinés » qui « puissent s’exprimer sur la durée, en toute liberté ». Mais « on ne va pas revenir au Front national » et « nous avons encore besoin d’aller chercher du monde » pour « ouvrir et pas rétrécir », a prévenu le porte-parole du RN, Sébastien Chenu.

Quels que soient les débats, Marine Le Pen, seule candidate à sa succession, est assurée d’être réélue présidente, mais elle devrait lâcher à l’automne la tête du parti, le temps de la présidentielle. Les militants ont voté à cet égard samedi un changement des statuts qui permettra cet intérim « pendant douze mois ». Dans ce cas, le président du parti sera remplacé par le vice-président et, s’il y en a plusieurs, par le « premier d’entre eux », dont le nom devrait être connu dès dimanche.

Jordan Bardella est pressenti à ce poste, que brigue aussi Louis Aliot, mais qui ne compte pas se battre « contre vents et marées ». Les militants guetteront également l’ordre d’arrivée des élus au conseil national (le parlement du parti), baromètre d’influence.

Entre 650 et 3 000 manifestants contre le congrès

Préparatifs de la manifestation contre le congrès du RN à Perpignan, samedi 3 juillet.

Brandissant des drapeaux catalans, de la CGT ou du NPA, entre 650 et 3000 manifestants, venus de plusieurs départements de la région, ont de leur côté défilé à Perpignan derrière une banderole incitant à lutter « ensemble contre l’extrême droite », à l’appel d’associations, de syndicats ou de partis de gauche.

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« Je refuse que la France entière nous regarde comme si Perpignan était le centre du Front national. Perpignan, ce n’est pas le Rassemblement national, c’est une ville ouverte, accueillante », témoigne Claire Serrurier, fonctionnaire perpignanaise de l’éducation nationale âgée de 50 ans. Un sentiment partagé par Philippe Deblauwe, lui aussi âgé de 50 ans : « Ça me révulse de savoir que ma ville sert de tremplin pour ces idées-là. Il faut donc venir exprimer son opposition et aussi venir réfléchir ensemble à comment proposer autre chose. »

La manifestation, encadrée par un service d’ordre de la CGT et de nombreux policiers, s’est déroulée dans des rues de l’ouest de la ville, hors du cheminement habituel, à l’opposé du quartier où se tient le congrès.

Le Monde avec AFP

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