A Paris, dernière manifestation pour Génération identitaire ? – Libération

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L’atmosphère lourde qui régnait ce samedi après-midi sur la place Denfert-Rochereau dans le XIVe arrondissement de Paris tranchait avec la douce chaleur de cette mi-février qui avait fait sortir les badauds. Les militants de Génération identitaire (GI) n’étaient que quelques centaines à s’être réunis sous le lion de bronze, pour protester contre leur dissolution en brandissant les couleurs de l’organisation et des pancartes à l’effigie de Jeanne d’Arc ou d’un poilu de la Grande Guerre de 14-18 et agitant quelques drapeaux français et régionaux.

Bien que professionnels de l’agit-prop et revendiquant avoir «éteint leur télé pour descendre à nouveau dans la rue», les militants de GI sont peu habitués des manifestations classiques. La faute, sans doute, à un réservoir de sympathisants trop faible et trop éclaté géographiquement pour pouvoir former des cortèges suffisamment conséquents. Contre l’évidence, les responsables du groupuscule d’extrême droite ont revendiqué 3 000 manifestants, alors même que le défilé n’occupait qu’une portion congrue de la place.

Toute l’extrême droite au soutien

Ce n’est pas la première fois que ces militants démontrent qu’ils ne sont pas si nombreux. En novembre 2019, un défilé contre «l’islamisme» (mais surtout l’islam) pourtant largement ouvert à des groupuscules plus radicaux encore, n’avait ainsi péniblement réuni qu’environ 300 personnes… Un contraste saisissant avec la manif contre «l’islamophobie», quinze jours plus tôt, à laquelle les identitaires entendaient répondre, et qui avait rassemblé des milliers de personnes.

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La manifestation de ce samedi était pourtant importante pour le groupe, désormais menacé de dissolution par le ministère de l’Intérieur, qui l’accuse de former une «milice» et d’appeler à la haine raciale. Suffisamment grave pour battre le rappel à tout va, multipliant les vidéos et autres sollicitations sur les réseaux sociaux (voire par téléphone), et mobiliser ses relais. D’autant que GI a axé sa communication sur un avertissement : «Aujourd’hui c’est Génération identitaire, demain c’est vous.»

Ainsi, du blogueur réac Papacito aux nationaux-catholiques (proches de la mouvance nationaliste-révolutionnaire), du groupe identitaire d’Angers l’Alvarium en passant par les «féministes» identitaires du collectif Némésis, les ultranationalistes (tendance pétainistes) de Paris Nationalistes ou encore les royalistes maurassiens de l’Action française, toute l’extrême droite radicale s’est fendue d’un message de soutien ou a appelé à manifester aux côtés de GI. Même La Cocarde, syndicat étudiant proche du RN mais qui refuse d’être classé à l’extrême droite, s’y est mis. La plupart de ces groupes étaient représentés à la manif.

Ni Le Pen, ni Zemmour mais Messiha et Philippot

Mais si Marion Maréchal et Eric Zemmour avaient eux aussi pris la défense de GI – tout comme un certain nombre de cadres du Rassemblement national et même Marine Le Pen en personne – on n’a vu place Denfert-Rochereau que des responsables politiques de deuxième ou troisième plan. L’ex-député de droite Jean-Frédéric Poisson a honoré sa parole, comme plusieurs anciens du RN : le chroniqueur de CNews Jean Messiha, ou encore l’ancien numéro 2 du parti, Florian Philippot, aujourd’hui patron du petit parti Patriotes, venu parler de «tyrannie» et de «dictature sanitaire», aux côtés des leaders du groupuscule Jérémy Piano, Clément Gandelin ou encore Thaïs d’Escufon, la porte-parole invitée par Cyril Hanouna fin janvier.

Peu après 15 heures, l’ambiance a commencé à se tendre. Les gendarmes mobiles et les policiers déployés en masse sur place ont établi un cordon autour de la manifestation, repoussant les badauds et les observateurs. En plus du service d’ordre identitaire, affublé de chasubles bleues, plusieurs groupes de jeunes hommes lookés casual à l’air vindicatif gardaient un œil sur les alentours.

Moins d’une heure plus tard, un groupe d’une dizaine d’antifascistes, qui avaient échappé à la vigilance des forces de l’ordre qui les traquaient depuis un moment, a réussi à arriver au contact de la manifestation. Quelques coups échangés, quelques jets de projectiles avant l’intervention rapide des gendarmes mobiles qui ont procédé à des interpellations alors que la foule scandait «On est chez nous.

Peu avant 17 heures, Thaïs d’Escufon donnait le signal de la fin de la manifestation. Sur un dernier clapping, les militants de GI ont commencé à ranger leur maigre matériel. Pour autant, la dispersion ne signifiait pas la fin des tensions. Quelques affrontements brefs ont eu lieu entre des manifestants munis de gants coqués et des antifascistes, clôturant le baroud d’honneur de Génération identitaire sur des affrontements alors que le groupe s’est toujours défendu de toute violence.

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