A Hanau, l’horreur, l’incompréhension et la colère – Le Monde

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Hommage aux victimes de l’attentat à Hanau, en Allemagne, le 20 février.

La fin de semaine s’annonçait festive à Hanau. Cette ville de Hesse, baignée par le Main, à une vingtaine de kilomètres en amont de Francfort, se préparait pour les réjouissances du carnaval. La tradition est vivace dans cette partie de l’Allemagne. Le grand marché annuel devait ouvrir dès jeudi 20 février, sur le parvis de la mairie, en prélude à cinq jours d’allégresse. Un joyeux défilé, bariolé et tonitruant, devait parcourir les rues du centre-ville samedi. Mais après l’effroyable attentat qui a ensanglanté, la veille, la cité de 95 000 habitants, les bacchanales ont été annulées.

L’insouciance a laissé la place au deuil. Tout près de la mairie, des voitures et des cordons de police barrent l’accès à la rue Heumarkt. A l’angle, les bouquets de fleurs déposés par des passants émus s’amoncellent sur le trottoir.

Venue de son quartier résidentiel à la périphérie de la ville, la famille Hübner se fraie un chemin entre les badauds jusqu’à cet autel improvisé. La mère et la fille – une lycéenne de 18 ans – ont toutes deux un bouquet à la main et les traits bouleversés. « Nous tenions à montrer que nous sommes contre le racisme, explique le père. C’est incompréhensible, ce qui s’est passé. A Hanau, on a l’habitude de vivre avec des étrangers. On a même eu des soldats américains pendant des années, vous savez. »

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C’est à quelques pas de là qu’a débuté la cavale meurtrière de Tobias R., mercredi vers 22 heures. En plus des cordons, les policiers ont installé des bâches devant le Midnight, le bar à chichas où l’assaillant a tué deux jeunes clients, et devant le café La Votre, juste à côté, dont il a abattu le propriétaire à bout portant. Dans la vitrine, une enseigne lumineuse « open » clignote encore : personne n’a pris la peine de l’éteindre depuis la veille Au total, neuf personnes ont été tuées.

« Nous ne nous laisserons pas intimider »

Soudain, un vacarme de sirènes et de gyrophares fait tourner les têtes. Le président fédéral, Frank-Walter Steinmeier, émerge d’une limousine noire. Accompagné de son épouse, Elke Büdenbender, et de Volker Bouffier, le ministre-président du Land de Hesse, le président dépose une gerbe de fleurs et se recueille quelques minutes devant le lieu de l’attaque.

A quelques mètres des trois personnalités, l’émotion monte. Un quadragénaire, son bonnet blanc enfoncé jusqu’aux sourcils, laisse exploser sa colère. « Steinmeier ! Tu viens encore déposer des fleurs ! Comme à chaque fois, comme après la NSU ! Et ensuite, il se passe quoi ? » Des badauds tentent de le raisonner. Mais dans beaucoup de têtes, le rapprochement est vite fait entre la tuerie de Hanau et la série d’assassinats perpétrés par la NSU, un trio de néonazis qui a sévi dans toute l’Allemagne dans les années 2000, faisant dix victimes en tout. Et dans les deux cas, les meurtriers ont surtout visé des personnes d’origine turque.

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