REPORTAGE – Plus de 6000 personnes venues de toute la France ont convergé vers cette ville du Cher. Si quelques affrontements ont eu lieu avec les forces de l’ordre, peu de dégâts matériels sont à déplorer. 11 personnes ont été blessées, dont deux CRS.

Un jeu du chat et de la souris dans une ville en état de siège. L’acte IX des «gilets jaunes» a rassemblé plus de 6000 personnes venues de toute la France, samedi, à Bourges, dans le Cher. Aux cris de «Macron démission» «Bien que sans dents, croquons Macron», les manifestants ont tenté à plusieurs reprises de braver l’interdiction d’entrer dans le centre historique émise par la préfecture la veille.

Si seulement 1200 personnes étaient présentes place Seraucourt à 13h, en réponse à l’appel national lancé sur Facebook et relayé par certains leaders du mouvement dont Maxime Nicolle, alias «Fly Rider», le cortège a grossi au fil des heures. Face à eux, 450 policiers et 250 gendarmes avaient été mobilisés.

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Après avoir tenté de rejoindre la préfecture, dont l’accès était bloqué par les forces de l’ordre, les manifestants se sont scindés en deux. Environ 5000 personnes ont choisi de suivre l’itinéraire autorisé par les autorités quand d’autres, près de 400, tentaient de contourner le dispositif policier pour pénétrer le cœur historique de Bourges.

Avant le début de la manifestation, Maxime Nicolle avait appelé les «gilets jaunes» présents à ne pas sombrer dans la violence

«C’est ridicule. On vient de commencer et certains vont déjà à l’affrontement», tonne Philippe, 54 ans. Clément, 32 ans, dit pour sa part dans un sourire vouloir «faire un peu de tourisme» en visitant le centre-ville Un jeu de cache-cache dans une cité qui semblait désertée au moment où elle est devenue l’épicentre du mouvement. Seuls quelques habitants inquiets ou curieux s’aventuraient à leurs fenêtres.

Après de nombreuses tentatives, les manifestants parviennent à rejoindre la rue commerçante du centre historique. C’est là, dans la rue Moyenne, que les premières échauffourées éclatent peu après 14h. Les premiers projectiles sont tirés en direction des forces de l’ordre, lesquels ripostent avec des grenades lacrymogènes. Les manifestants reculent et se dispersent. De nouveaux heurts éclatent vers 16h, tout en épargnant les vitrines et les voitures, contrairement aux précédentes manifestations parisiennes.

À force de tirs de grenades et de Flash-Ball, les CRS parviennent à ramener les «gilets jaunes» sur la place Seraucourt, où ils avaient entamé leur mobilisation quelques heures plus tôt. Une dernière tentative de barricade est dressée à laide de mobiliers présents sur un chantier à proximité. Mais, vers 18h, la police charge une nouvelle fois sous une pluie de grenades lacrymogènes. L’acte IX touche à sa fin.

Avant le début de la manifestation, Maxime Nicolle avait appelé les «gilets jaunes» présents à ne pas sombrer dans la violence. À 19h, la préfecture du Cher a indiqué que la police avait procédé à 19 interpellations. Par ailleurs, onze personnes ont été blessées, dont deux CRS. La préfecture note toutefois qu’il n’y a eu que «peu» de dégâts matériels.

Certains parmi les «gilets jaunes» dénoncent pourtant la violence «systématique». «C’est d’une débilité sans nom, affirme Sophie, 21 ans. Ce sont des jeunes qui viennent clairement pour en découdre mais ça nous décrédibilise totalement». À quoi ressemblera l’acte X? «Je ne sais pas mais nous serons là. À Bourges ou ailleurs. L’important, c’est de ne rien lâcher», lance «Tintin», 65 ans. Et d’ajouter: «À la semaine prochaine!»