4 questions pour comprendre l’origine et la dangerosité du coronavirus apparu en Chine – Le Monde

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L’épidémie du 2019-nCov (pour nouveau coronavirus 2019) qui a éclaté en Chine depuis la mi-décembre, et a déjà causé au moins 106 morts, est entrée dans une « phase plus grave et plus complexe », selon Ma Xiaowei, le ministre chinois de la santé. Le point sur ce que l’on sait désormais de ce nouveau coronavirus, le septième à être désormais transmissible entre êtres humains.

Lire notre reportage : En Chine, l’inquiétude vire à la psychose face à la propagation du coronavirus
  • D’où est parti le virus et où en est-il ?

La présence de ce nouveau virus, le 2019-nCov, a pour la première fois été détectée à Wuhan, la sixième ville chinoise (11 millions d’habitants) située dans la province de Hubei, dans l’est du pays.

Les premiers patients ont été hospitalisés le 16 décembre, mais les autorités chinoises n’ont informé l’Organisation mondiale de la santé (OMS) que le 31 décembre. Le lien semble avoir été fait par les autorités chinoises avec un grand marché de la ville, le Huanan Seafood Wholesale Market, où sont vendus quotidiennement et illégalement de nombreuses chairs animales fraîches (une liste de produits mentionne les viandes de rat, de renard, de serpent ou de chameau, entre autres). Le marché a été fermé par les autorités le 1er janvier.

On estime aujourd’hui qu’il s’agit très probablement d’un virus d’origine animale, mais sa provenance est encore débattue. Des chercheurs de l’institut Pasteur de Shanghaï estiment qu’il aurait un ancêtre présent chez les chauves-souris, le coronavirus HK9-1 découvert en 2011 en Chine, tandis qu’une équipe chinoise a indiqué que le 2019-nCov serait une recombinaison entre un coronavirus de chauve-souris et un coronavirus de serpent.

Quoi qu’il en soit, le virus s’est largement propagé au-delà du marché de Huanan, et avait infecté plus de 2 800 personnes, lundi 27 janvier, dont une quarantaine à l’étranger dans treize pays différents, provoquant 106 morts. La France a confirmé la présence de trois cas : deux touristes chinois originaires de Wuhan et un Français d’origine chinoise passé lui aussi par la même ville.

Lire notre décryptage : Comment les premiers patients identifiés se sont-ils transmis le nouveau coronavirus ?
  • Quelle est sa dangerosité ?

Le taux de mortalité du virus approche pour l’instant de 3 %, loin des 9,6 % du coronavirus du syndrome respiratoire aigu sévère (SARS-Cov) qui a tué 774 personnes en 2003.

Le virus actuel est donc « moins puissant » et moins virulent que son cousin de 2003, selon Gao Fu, responsable du Centre chinois de contrôle et prévention des maladies. Ainsi, toutes les personnes décédées en Chine après leur infection par le 2019-nCov sont relativement âgées (de 48 à 89 ans) et souffraient de problèmes de santé préexistants.

Une photographie du 2019-nCov prise par microscope électronique transmise par les autorités chinoises. Deux des exemplaires du virus sont visibles au centre, sous la tache sombre.

Le 2019-nCov est en revanche plus contagieux que ce que les premières données indiquaient début janvier ; « la capacité de propagation du virus s’est renforcée », a ainsi expliqué Ma Xiaowei, directeur de la Commission nationale de la Santé (CNS). La contagiosité du virus (ou taux de reproduction de base) est estimée entre 1,4 et 2,5, ce qui signifie qu’en moyenne, chaque personne malade va infecter entre 1,4 et 2,5 nouvelles personnes. Pour comparaison, le virus du SRAS avait une contagiosité estimée entre 2 et 5.

La période d’incubation, c’est-à-dire le délai entre l’infection et l’apparition des symptômes, n’est pas précisément connue mais varierait de 6 à 14 jours, pendant lesquels l’hôte du virus reste contagieux.

Lire nos explications quels critères de risques ? Comment réagir ? Les questions que vous vous posez
  • Quelles villes ont été confinées ? Est-ce efficace ?

Voir aussi A Wuhan, ville en quarantaine à cause du coronavirus, un hopital construit en un temps record

Treize villes de la province de Hubei ont été mises en quarantaine par les autorités chinoises : Wuhan, la grande ville où semble avoir débuté l’épidémie (11 millions d’habitants), mais aussi Huanggang (7 millions) et Ezhou (un million). Tous les moyens de transports sortant de ces villes ont été annulés : vols, trains, ferries, autoroutes et bus… La plupart des transports en commun ont aussi été annulés pour réduire la mobilité des habitants et leur exposition les uns aux autres.

Le cordon sanitaire mis en place par les autorités chinoises est sans précédent dans l’histoire, selon de nombreux experts, autant par la quantité de population isolée (56 millions de personnes) que par l’ampleur des mesures prises.

Mais l’efficacité de la mesure fait débat dans la communauté scientifique, qui craint qu’elle n’intervienne trop tard. En effet, le virus a une période d’incubation relativement longue : les symptômes ne se manifestent qu’après de 6 à 14 jours. De nombreuses personnes infectées pourraient donc avoir voyagé en dehors de la province et propagé le virus, sans présenter de symptômes, avant même la mise en place du cordon sanitaire géant.

  • Pourquoi l’OMS n’a pas décrété l’urgence « internationale » ?

L’OMS, émanation des Nations unies, a la possibilité, pour des situations graves, de déclarer une « urgence de santé publique de portée internationale » (ou USPPI). Pour cela, il faut que la situation sanitaire soit grave, soudaine et inattendue, qu’elle touche plusieurs pays et qu’elle exige une « action internationale immédiate », selon l’OMS.

Une telle initiative a été utilisée cinq fois depuis sa création en 2005 (notamment pour la grippe aviaire en 2009, Ebola en 2014 et 2018 et le virus Zika en 2016), à la suite justement de la mauvaise gestion de l’épidémie de SRAS en Chine en 2003, où les autorités ont attendu trois mois avant d’informer l’OMS.

Dans le cas de l’épidémie en cours, l’OMS a estimé jeudi 23 janvier qu’il était encore trop tôt pour déclarer une telle urgence. « Ne vous trompez pas : ceci est une situation d’urgence en Chine. Mais ça n’est pas encore devenu une urgence mondiale », a indiqué Tedros Adhanom, le directeur général de l’agence. De fait, sur les 2 786 infections recensées jusque-là, 2 744 sont localisées en Chine, soit 98,5 %, et aucune infection n’a été recensée en dehors de Chine (en clair, toutes les personnes ont été infectées en Chine).

« Déclarer une USPPI est une étape majeure pour une épidémie », a ainsi indiqué le professeur Didier Houssin, président du Comité d’urgence du RSI (le règlement sanitaire international). Mais « la perception de cette déclaration par la communauté internationale et les conséquences de celle-ci en Chine doivent être aussi prises en compte », a-t-il poursuivi, lors d’une conférence de presse.

L’OMS a cela dit corrigé lundi 27 janvier son évaluation de la menace liée au virus apparu en Chine, la qualifiant d’« élevée » à l’international et non plus de « modérée », admettant avoir fait une « erreur de formulation » dans ses précédents rapports.

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