1minute2rap : du compte de fan à la référence du rap sur Instagram

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1minute2rap est l’un des comptes Instagram les plus suivis quand on parle de rap francophone. Cet art de rue, qui a trouvé un second souffle sur les réseaux sociaux, a vu de nouveaux acteurs prendre place. Alors que les « opens Mic » ont construit les générations précédentes, la nouvelle vague émerge des réseaux sociaux.

Tous les mois, ils viennent s’affronter dans un grand concours de freestyle sur la page de 1minute2rap. Le 15 janvier dernier, celle-ci dépassait le million d’abonnés, de quoi renforcer son statut de référence. Des artistes émergents se découvrent au travers de ce concours, fruit du travail de Milyann, l’homme derrière 1minute2rap, que Presse-citron a rencontré.

Presse-citron : J’aimerais commencer par citer un extrait de l’une de vos stories sur Instagram, dans laquelle vous tentez de définir 1minute2rap : « ce n’est pas un label, ce n’est pas un média : c’est un mouvement ». Pouvez-vous nous en dire plus ?

1minute2rap : Un média parle de l’actualité. Quand un rappeur sort un album, ou un morceau, le média en parle et ce n’est pas du tout la démarche de la page. Avec 1minute2rap ce que j’essaye de faire c’est de prendre des rappeurs, jeunes ou moins jeunes, et les faire monter – faire en sorte que les gens écoutent leur musique, mais sans faire dans l’actualité.

On est plus dans l’entraide. 1minute2rap c’est avant tout une grosse communauté, avec des artistes qui se connaissent tous très bien entre eux. Je définis plus la page comme une famille ou un mouvement. Dire que c’est un média c’est nous catégoriser dans une position qui n’est pas la nôtre, et donner à la page un rôle qu’elle n’a pas. Aujourd’hui, je tends davantage à devenir un label plutôt qu’un média, à vrai dire.

Presse-citron : La grande force de la page, c’est son public. Pouvez-vous nous raconter la genèse du lancement, avec les premiers abonnés ?

1minute2rap : Au départ j’ai créé 5 comptes Instagram dans l’idée de créer une communauté sur ce réseau. Pour moi, à l’époque (en avril 2017 ndlr), Instagram était le média à la mode. C’était là où il fallait être pour faire quelque chose sur les réseaux.

J’ai créé ces comptes, tous très différents, autour de mes passions : le foot, ma ville du Havre, et le rap. J’ai fait tout ça dans une démarche entrepreneuriale au début, dans l’idée que si demain j’ouvrais un commerce au Havre, j’aurais un compte sur les réseaux qui peut m’aider à faire un peu de publicité gratuite.

L’idée de faire des concours m’est venue plus tard. Quand j’ai atteint les 10 000 abonnées, il y avait de plus en plus de jeunes qui me demandaient de partager leur musique pour se faire connaître. De là m’est venue l’idée de faire un concours.

Le premier a eu lieu en mai 2017. Honnêtement, j’avais très peu d’attente. Je ne pensais pas que ça marcherait, que les gens allaient donner de leur temps pour jouer le jeu, sachant que je ne pouvais rien leur donner comme récompense, mis à part un peu de visibilité.

Pourtant, seulement trois jours après le début du concours, j’ai reçu plus d’une centaine de freestyle, avec du bon et du moins bon. À ce moment-là, j’ai compris que cela pouvait marcher et faire grandir la page. Depuis, je n’ai jamais arrêté.

1minute2rap 1 million abonnes

Le 15 janvier dernier, 1minute2rap dépassait le million d’abonnés sur Instagram © Instagram

Presse-citron : Avant même le rap et la musique, votre première passion c’est les réseaux sociaux ?

1minute2rap : Tout à fait. J’ai toujours été sur les réseaux sociaux, cela m’a toujours passionné. Même dans ma vie personnelle j’étais très attentif à ce qu’il pouvait s’y passer. J’ai très vite compris qu’il y avait la possibilité de faire quelque chose de grand avec ces plateformes.

D’un autre côté, j’avais l’ambition créer des choses, travailler pour moi-même, et dans l’idéal vivre de ma passion. Quand j’ai créé la page, c’était vraiment mon idée de départ. Je savais que pour durer, pour en vivre, il fallait que je fédère une communauté autour de moi, il me fallait quelque chose pour rassembler les gens.

Je dis souvent que dans la musique j’y suis arrivé par hasard, car si mon compte sur le foot aurait été le plus populaire, alors j’aurai peut-être choisi ma voie dans le foot aujourd’hui. Bien sûr, j’ai toujours été un passionné de musique, et de rap, mais je n’avais rien pour réussir… aucun contact, aucune expérience, je n’étais pas musicien moi-même, j’avais juste de la détermination à revendre.

J’ai toujours été un passionné de rap, mais je n’avais rien qui me destinait à réussir

Presse-citron : Le rap est né et a grandi dans la rue, mais la nouvelle génération a pris son essor sur les réseaux sociaux. Avez-vous anticipé ce basculement ?

1minute2rap : Avant même que la page existe, de nombreux artistes avaient des comptes YouTube, Instagram… Les réseaux sociaux ont fait partie de leur vie, ils ont grandi avec, comme nous, donc pour moi c’était une évolution vraiment logique. Quand j’ai créé la page, j’écoutais beaucoup de freestyle sur YouTube ou autre, mais il n’y avait pas un endroit où tous les retrouver, et c’est là que je me suis dit qu’il y avait une place à prendre.

Au départ, les concours étaient principalement organisés pour confronter les artistes. Une façon de se confronter, pour se faire progresser les uns les autres, il n’y avait rien à gagner. Je savais que les freestyles étaient un exercice très à la mode à l’époque, mais pas de cette manière-là. Je ne pensais pas que des inconnus allaient réussir à attirer autant de monde.

Presse-citron : Le fait d’avoir organisé un concours de rap peut faire penser aux RC (rap contenders). Eux aussi ont servi de tremplin pour beaucoup de jeunes talents. S’agit-il d’une inspiration pour vous ?

1minute2rap : C’est vrai, mais ce n’était pas voulu non (rires). Comme beaucoup, je pense, j’étais un grand fan des RC, je ne manquais jamais un épisode. Ça m’a bercé, moi comme toute ma génération. C’était une inspiration c’est sûr. Je savais que, comme les RC à l’époque, il me suffisait d’avoir des talents sur 1minute2rap pour que je puisse attirer de grandes maisons de disque. Aujourd’hui c’est le cas. Elles sont toutes sur ma page. Elles suivent de près ce qu’il s’y passe, elles y cherchent les talents de demain.

Les maisons de disque sont toutes sur 1minute2rap, elles y cherchent les talents de demain

Presse-citron : Avec le temps la page s’est créée une identité propre, à l’image de ce que l’on pouvait retrouver sur Soundcloud à une époque. Comment vous expliquez cette « identité 1minute2rap » ?

1minute2rap : C’est vrai qu’on retrouve une grosse identité sur la page. Il y a un type de personnes et un type de rap assez spécifique, même s’il nous arrive d’y trouver de véritables ovnis qui proposent quelque chose de très différent. Il en reste que généralement, le style est assez fidèle à 1minute2rap. Je pense que ça s’explique par les références communes. Les gens qui participent aux concours ont souvent la même culture musicale, avec les mêmes artistes comme références.

Étant donné que ce sont des rappeurs avec très peu d’expérience, qui sont au tout début de leur carrière, ils s’inspirent beaucoup de ce qu’ils voient autour d’eux. C’est seulement après, avec le temps, qu’ils vont se faire leur propre identité. Le fait que la page les ait mis sur le devant de la scène dès le début, ils ont parfois l’impression qu’ils copient les rappeurs plus connus, ou qu’ils se copient les uns les autres. C’est aussi une manière de progresser pour eux.

Presse-citron : Au cours de son Planète Rap pour la sortie de son album, Black M vous a invité. C’était important pour vous d’avoir cette reconnaissance du milieu de la musique ?

1minute2rap : Ce n’était pas vraiment un objectif en soi. J’ai toujours été assez solitaire et dans mon coin. Je n’aime pas trop être mis en lumière en général. Mais avec Black M, c’était très différent. L’idée n’était pas de parler de moi, mais des jeunes artistes qui ont eu leur chance ce jour-là.

Avant le Planète Rap, nous avons organisé un concours. Un peu comme je le fais tous les mois. Mais cette fois, les dix meilleurs artistes gagnaient un accès avec lui dans les studios de la radio. Et c’était un moment incroyable. Les jeunes qui sont venus ont vraiment pu se montrer, pu avoir une chance dans ce milieu qui est assez difficile d’accès, surtout quand on ne vient pas de Paris. Ils ont pu rencontrer des gens importants, des artistes…

De mon côté, cela ne m’a pas beaucoup apporté. La page n’a pas gagné en popularité avec ce Planète Rap. Certes, j’ai rencontré quelques personnes, mais la plupart me connaissaient déjà et savaient très bien qui j’étais. L’important c’était pour ces jeunes, pour leur donner une chance à eux, et c’est vraiment ça que j’ai aimé.

1minute2rap planète rap

© 1minute2rap

Presse-citron : Aujourd’hui la page 1minute2rap vient de dépasser le million d’abonnés. Vous la gérez à temps plein. Comment arrivez-vous à vous rémunérer ?

1minute2rap : Aujourd’hui, j’ai deux sources principales de revenus. Tout d’abord, il y a la publicité. Tous les comptes qui s’intéressent à la musique le font. Si un artiste, connu ou non, veut faire la promotion d’un morceau, d’un clip ou d’un album, il peut me payer pour que j’en fasse un post ou une story sur Instagram. C’est mon premier moyen de rémunération.

Le second a été mis en place plus récemment : il s’agit des partenariats avec les marques. Il m’a fallu atteindre un certain nombre d’abonnés pour y accéder. Récemment, j’ai pu travailler avec Asics. Ils ont sponsorisé un concours où les artistes avaient la consigne de placer plusieurs mots en rapport avec la marque. De mon côté, j’ai aussi fait des posts et des stories pour eux.

Presse-citron : La page 1minute2rap est basée sur Instagram, mais on sait qu’avec les réseaux sociaux, tout va très vite. Un départ est-il possible ?

1minute2rap : Pour le moment je suis sur Instagram, et je pense que c’est un réseau social qui a encore un bel avenir devant lui. L’arrivée de TikTok en 2020 a fait peur à beaucoup de monde. C’est un réseau social qu’il faut prendre au sérieux. Il a une gigantesque communauté. Mais je pense qu’Instagram est très loin d’être dépassé.

Si aujourd’hui je dois en partir, je pense que j’irais vers Spotify et les plateformes de streaming. Ce ne sont pas des réseaux sociaux à proprement parler, mais c’est vraiment vers là que je tends à aller. Pour moi 1minute2rap est un accessoire pour créer de la musique. Je voudrais de plus en plus me tourner vers une vie de « producteur », quitte à mettre 1minute2rap un peu de côté. Cela ne concerne que moi : les concours continueront à exister et la page continuera à vivre.

C’est vraiment mon objectif de 2021, essayer de faire grandir 1minute2rap sur les plateformes d’écoutes, que ce soit Spotify, Deezer, Apple Music ou YouTube. C’est quelque chose qui a un gros potentiel, et j’ai vraiment envie de m’y consacrer pleinement cette année.

Presse-citron : Vous parlez de créer des nouvelles choses. Est-ce qu’un projet à l’image de ce qu’a fait Le Règlement avec sa propre radio digitale vous intéresserait ?

1minute2rap : Non, je ne pense pas.

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