1BR : une copropriété trop charmante

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1BR : une copropriété trop charmante

En rupture familiale, Sarah décide de quitter sa ville natale pour s’installer à Los Angeles. Elle n’y connaît personne. Elle se trouve un travail d’appoint et un bel appartement, dans une jolie copropriété. Mais cette dernière n’est pas aussi charmante qu’elle y paraît. Attention : cette chronique révèle une partie de l’intrigue du film.

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Proie idéale

Sarah est la proie idéale pour les dirigeants de la copropriété où elle souhaite signer son bail. Elle est jeune, sans amis à Los Angeles, avec un travail précaire et elle ne parle plus à son père. Elle n’a pas non plus un réseau immense de followers ou de copains sur les réseaux sociaux qui pourrait se poser des questions.

Pour kidnapper Sarah, la copropriété ou plutôt la communauté, lui fait couper les ponts — à son insu — avec les quelques personnes de son entourage : messages téléphoniques, sur Facebook ou courriel, tout y passe et vu la maigreur de son carnet d’adresses, personne ne se pose de questions. C’est peut-être le point farfelu du film, mais il est commun à bien d’autres : à aucun moment, l’ordinateur n’est protégé par un mot de passe quelconque. Cela montre que l’informatique reste un accessoire dans les films, un simple outil destiné à enrichir l’intrigue. Dans le monde réel, la communauté aurait obligé Sarah à donner ses mots de passe, pour qu’ils puissent utiliser ses comptes de réseaux sociaux ou son client mail, pour couper les ponts avec tout le monde.  

C’est l’un des points intéressants du film : quand on est hyperconnecté, on sait qu’un tel scénario n’est pas reproductible avec tout le monde. Sur les réseaux sociaux, vous interagissez avec plusieurs personnes qui se connaissent peut-être. Ainsi, quand certains comptes Twitter disparaissent, temporairement ou définitivement, les internautes essaient toujours d’en savoir plus. Dans le cas de Sarah, la problématique n’existe pas. Par ailleurs, la nature même des réseaux sociaux change : les internautes passent de plus en plus par la vidéo et la voix, même si les espaces purement textuels tels que Twitter ont encore leur place.

Prédateurs

En matière d’immobilier, Paris tient le haut du classement dans les pires villes où louer ou acheter, surtout quand on est à son compte. Autant dire qu’on peut regarder avec envie les endroits où la seule chose exigée pour louer un appartement est le loyer du mois et deux mois de caution. Aux États-Unis, les choses sont plus simples — exception faite de New York dont tout le monde sait qu’elle est plus parisienne qu’américaine sur bien des aspects — mais les copropriétaires peuvent imposer certaines règles.

Dans 1BR, lors d’une journée portes ouvertes, la communauté fait un véritable casting pour trouver la nouvelle locataire de l’appartement vacant. Là encore, en tant que parisien, on n’est pas forcément surpris. Évidemment, plus on avance dans l’intrigue et mieux on comprend pourquoi. L’objectif de la communauté est de trouver la proie la plus fragile. Ce n’est donc pas un couple de cadres qui va être privilégié, mais la personne seule, en intérim, qui débarque dans une ville gigantesque. Notons que c’est également ce profil de personnes qui est recherché par les escrocs immobiliers en tout genre. On ne compte plus le nombre de personnes qui débarquent à Paris et signent des baux absolument farfelus.

En dehors des aspects purement sociologiques, Sarah est la proie idéale, car il n’est pas dans sa nature de se rebeller contre ses oppresseurs. Elle a dit du mal à se débarrasser clairement de son ex-petit ami, elle ne sait pas dire zut à sa supérieure hiérarchique, qui est infecte. C’est une gentille petite souris timide, qui ne veut pas attirer l’attention sur elle.

Escalade

Sarah finit par comprendre qu’elle n’a pas d’autre choix que de se plier aux attentes de cette communauté, qui est une secte. Après une sorte d’initiation barbare, elle rentre dans le rang et joue le jeu. Au point où on se demande si elle trompe son monde ou si elle a sincèrement renoncé. On perçoit également une forme de confort dans son abdication. D’autres gens lui disent quoi faire, quoi manger, quand dormir, quoi penser. Elle n’a plus à se préoccuper de quoi que ce soit puisque la communauté s’occupe de l’intendance du quotidien. Plus qu’un simple film d’horreur, 1BR propose une explication sur les raisons qui font que des individus rejoignent des mouvements sectaires ou séparatistes. C’est tout simplement reposant.

Mais la communauté a fait une erreur : elle a parié sur le fait que Sarah n’était pas une rebelle, qu’elle était parfaitement malléable et qu’une fois sous emprise, elle ne bougerait plus. Cela revient à dire qu’il faut toujours se méfier des gens discrets, qui n’attirent pas l’attention sur eux. Ils peuvent vous surprendre. Un évènement anodin est susceptible de les faire basculer de l’autre côté sans qu’on s’y attende.

C’est ce qui se passe avec Sarah : une série d’évènements va la sortir de sa torpeur. On ne donnera pas plus d’éléments à ce stade, afin de permettre au lecteur de découvrir par lui-même l’enchaînement des faits. Disons simplement que les choses ne sont pas toujours ce qu’elles semblent être.

1BR : The Apartment a reçu les honneurs du public au festival Gerardmer, ce qui est amplement mérité. Si vous avez aimé les ambiances angoisses de Get Out ou Us, ce film est dans cette lignée. Peu de scènes purement gores, mais une atmosphère oppressante, dans laquelle on entre immédiatement. 1BR : The Apartment est disponible sur Apple iTunes et en DVD et Blu-Ray.

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