Les tunnels urbains à grande vitesse d’Elon Musk ne sont pas le seul projet souterrain fou . L’entrepreneur finlandais Peter Vesterbacka, connu pour sa société Rovio (et son jeu video « Angry Birds »), place la barre encore plus haut, à 15 milliards d’euros. C’est le coût estimé d’un tunnel de 103 de kilomètres sous la mer, pour relier Helsinki, la capitale finlandaise, à Tallinn, capitale de l’Estonie. S’il se fait, il sera le plus long tunnel immergé au monde. Une étape décisive a été franchie en ce sens par FinEst Bay Area Development, la société de projet co-fondée par Peter Vesterbacka et son complice de vingt ans, le business angel Kustaa Valtonen. « Nous avons signé un accord (MOU) avec le fonds Touchstone Capital Partners Ltd, indique ce dernier. Il sera chef de file du financement pour le tiers des 15 milliards correspondant aux fonds propres, le reste étant de la dette. Touchstone sera complété par d’autres investisseurs et nous espérons boucler le tour de table dans six mois pour lancer la construction début 2020, afin de mettre le tunnel en service en décembre 2024 ». En décembre, ARJ Holdings, de Dubaï, a mis 100 millions d’euros dans ce projet, qui est 100 % privé contrairement à celui de « FinEst Link » .

Il ne s’agit pas d’un tunnel routier. « Conduire sur une telle distance est trop risqué, explique Kustaa Valtonen. Le projet consiste en deux bi-tunnels pour trains à grande vitesse, l’un pour le fret et l’autre pour le transport de passagers, soit 206 km de tunnels au total ». Les sorties de secours et la ventilation seront assurées par deux îles artificielles construites avec les déblais de forage. Ces îles en forme de marguerite selon les plans actuels seront situées à une quinzaine de km au large d’Helsinki et de Tallinn.

Soutien chinois

Touchstone est un fonds basé à Londres ayant 30 investisseurs, dont 15 entreprises publiques chinoises et 15 institutionnels internationaux (fonds de pension etc.). La dimension chinoise n’est pas un hasard. La Chine développe avec son projet Belt and Road (la « nouvelle route de la soie ») des corridors de transport vers l’Europe de l’Ouest passant par le Kazakhstan, la Russie et la Pologne. Mais Touchstone n’aura pas plus de 49 % de la société projet. « Ce tunnel est un enjeu fort pour le développement économique de la zone et de l’Europe. Quand Kustaa et moi en avons eu l’idée en mai 2016, on a cherché comment le réaliser. Je suis allé étudier le chinois deux mois à Pékin.  Sur place, à Pékin, nous avons discuté avec les autorités chinoises de l’idée d’associer la Scandinavie à la route de la soie et de mener la Belt and Road plus loin que Moscou . L es Chinois ont été réceptifs », raconte Peter Vesterbacka, qui avait le sentiment à l’époque d’avoir fait le tour du phénomène Angry Birds et des jeux video.

De la même manière, pourquoi ne pas connecter Tallinn à Berlin, Varsovie et Paris ? « J’ai rencontré la ministre française des transports en octobre, ajoute Peter Vesterbacka. L’Europe doit être compétitive, face aux Etats-Unis et à la Chine ».

30 minutes

L’entrepreneur et Kustaa Valtonen ont tout prévu. FinEst Bay a été créée avec des experts techniques. Vu la notoriété de Peter Vesterbacka, « nous avions été contactés dès l’automne 2016 par deux sociétés d’ingénierie scandinaves, Poyry et Ains, ainsi que l’entreprise de BTP Fira, explique Kustaa Valtonen. Nous avons signé un accord avec elles en novembre 2017 ». Et le modèle économique est détaillé. En prenant pour étalons Get Link (le tunnel sous la Manche), Tallink (les ferries de la Baltique) et VR (les chemins de fer finlandais), FinEst Bay table, en rythme de croisière (2030 pour le fret), sur six trains par heure, 22 millions de tonnes de fret par an et 51 millions de passagers annuels payant 50 euros l’aller simple. Pour ce prix ils parcourront les 100 km séparant Helsinki de Tallinn en 30 minutes.